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Chine · Ming · Référence A03

Běncǎo Gāngmù 本草綱目

« La matière médicale classée en filières et en rubriques »

Li Shizhen 李時珍 (1518-1593) ; publication posthume assurée par son fils Li Jianyuan (auteur identifié)

rédigé 1552-1578 ; princeps imprimé à Jinling 1593-1596 (datation certaine)

Texte intégral BencaoDiététiqueTransmission Rang ALIMENTS 3 646 notices alimentaires

Note sur le texte : Princeps de Jinling complet (scan Naikaku, 26 冊) ; le texte de travail du corpus est la recension Siku Quanshu (système Qian Weiqi / Wu Yuchang 1655) - la chaîne 金陵本 → 江西本/錢本/張本 est établie.

Pitch

La plus grande compilation de matière médicale de la Chine impériale : 52 juan, 1 892 substances, 16 divisions et 62 classes, le fruit de trente ans de travail de Li Shizhen (1518-1593), publié à titre posthume à Jinling en 1596. Ce n’est pas un traité de diététique - mais tout y est à portée de main : six cents à sept cents entrées alimentaires, des eaux aux ustensiles de cuisine en passant par le vin, le tofu, les champignons, les poissons et les laits, chacune documentée selon un schéma que Li a inventé : le nom juste, les synonymes, les opinions recueillies, la préparation, la nature et la saveur, les indications, la discussion personnelle, les formules jointes. C’est aussi le grand conservatoire de la tradition diététique : le Shiliao Bencao, le Riyong Bencao, le Shixing Bencao y vivent en citations, alors que leurs manuscrits ont disparu.

Passages signature

1. Shennong goûte les cent herbes : Li Shizhen raconte l’origine du genre

Juan 1, 歷代諸家本草 (folios pb:WYG_010-1a et suivants) - l’ouverture de l’histoire des bencao par Li Shizhen lui-même :

« Le Huainanzi dit que Shennong goûta les saveurs des cent herbes et connut en un seul jour soixante-dix poisons : c’est ainsi que naquirent les formules médicales. Car dans les hauts âges l’écriture n’existait pas encore : maîtres et disciples se transmettaient [oralement] ce qu’on appela “bencao”. Depuis les deux Han, les médecins illustres se multiplièrent, et ce fut avec Zhang Hua et ses pareils qu’on commença à s’appuyer sur le savoir ancien en y joignant des théories nouvelles. »

2. Les cinq saveurs troublées : pourquoi la diététique est née

Toujours juan 1 - Li Shizhen cite la préface de Kong Zhiyue au Xinxiu Bencao des Tang (A22) :

« Ce que les êtres doués d’esprit préservent, c’est la vie. […] Lorsque l’on plia le métal et ploya le bois, les voies du désir se multiplièrent : les cinq saveurs furent alors troublées, l’occasion obscurcissant la mesure du doux et du piquant ; les six souffles devinrent pernicieux et l’on manqua aisément la convenance du froid et du chaud. Attaqués au dehors et au dedans, le corps et l’esprit se combattent ; boissons et nourritures épient les failles et forment les calamités des intestins et de l’estomac. »

3. Le tofu : première notice d’un bencao

Juan 25, classe 造釀 (produits fermentés) - la notice est attribuée au Riyong Bencao (A05), découverte établie par collation du princeps dans le dossier :

« La méthode du tofu commence sous les Han avec Liu An, roi de Huainan. Tous les haricots peuvent servir : noirs, jaunes, blancs, fève de vase, pois, mungo etc. Trempés à l’eau, moulus, le marc filtré, le lait bouilli, puis caillé avec jus de sel-nigari, ou feuille d’alun, ou jus de physalis, ou amidon de vinaigre […] En somme tout ce qui est salé-amer-acide-piquant peut faire cailler. La peau qui se fige en surface est excellente en cuisine. »

Suivent les usages : « élargit le centre, augmente le Qi, harmonise Rate-Estomac » - et la vignette clinique du faiseur de tofu qui dévoile l’antidote (le radis empêche le caillage, donc la soupe de radis résout l’intoxication).

L’aventure du texte

Li Shizhen passa vingt-sept ans à rassembler, trois versions du manuscrit, 800 livres consultés selon la préface de son fils. Il mourut avant la publication : c’est Li Jianyuan qui adressa le livre au trône en 1596. Le princeps de Jinling 金陵本, gravé par Hu Chenglong, eut un tirage modeste : on en compte environ sept exemplaires complets. L’un d’eux, conservé au Naikaku Bunko à Tokyo, est entièrement numérisé dans notre dossier - 26 fascicules, 2 157 images, avec les planches gravées par les fils de Li Shizhen.

La tradition imprimée se dit « un ancêtre, trois lignées » : la Jiangxi de 1603 (+28 erreurs relevées), la Qian de 1640 aux planches redessinées, et la Zhang de 1885 qui collationne les deux. Notre texte numérique de base, la copie du Siku Quanshu (Kanripo WYG), descend de la révision de Wu Yuchang de 1655 - pas du princeps : trois strates de la transmission sont représentées dans le dossier, et la notice ne présente jamais le texte Siku comme « le texte de 1596 ». La collation visuelle du scan Jinling a déjà livré ses fruits : les attributions de sources du princeps rétablissent que le tofu vient du Riyong Bencao (A05), le vin de raisin du Yinshan Zhengyao (A01) - le Gangmu citait et non inventait.

Planche de fac-similé

Le scan complet du princeps Jinling (Naikaku, cote 303-0007) est dans le dossier : planches gravées, libres de droits (édition de 1593-1596). Planches candidates : la page de titre, une gravure du juan 17 des champignons ou du juan 22 des grains fermentés.